




En 2011, Emma Coats publie sur Twitter une série de 22 conseils d’écriture d’une bonne histoire. En voici quelques-uns (traduits librement), que nous allons appliquer. Au milieu de ces principes sages, Emma Coats révèle la structure d’une histoire à la sauce Pixar. Cette structure a fait le tour du monde. Pour être honnête, ce n’est rien de plus qu’une version basique de la structure narrative classique. Mais c’est justement sa qualité. Elle est simple. Simple à comprendre et simple à écrire :
Il était une fois …
Chaque jour …
Puis un jour …
À cause de ça …
C’est pourquoi …
Jusqu’à ce qu’enfin …
Il était une fois, Woody, le jouet préféré d’un petit garçon nommé Andy. Chaque jour, il attend patiemment le retour d’Andy pour jouer avec lui. Puis un jour, un nouveau jouet, Buzz, arrive et détrône Woody, qui est très jaloux. À cause de ça, Woody jette Buzz par la fenêtre de la chambre, pour qu’il ne puisse jamais revenir auprès d’Andy. C’est pourquoi, les autres jouets sont très en colère contre Woody, et le bannissent. Jusqu’à ce qu’enfin, tous unis pour le bonheur du garçon, les jouets sauvent Woody et Buzz pour les ramener auprès de lui.

Il était une fois une usine de traitements de cris d'enfants qui produisait l’énergie nécessaire à la ville de Monstropolis. Chaque jour, les monstres concourent pour savoir qui fait le plus peur… et rapportent le plus d’énergie à la ville. Puis un jour, une enfant s’échappe de sa chambre et bascule dans le monde des monstres, suivant Sully, la terreur d'élite. À cause de ça, Sully entreprend de renvoyer la fillette chez elle, mais se lie d’amitié avec elle. C’est pourquoi, Sullly finit par découvrir que le rire des enfants est dix fois plus efficace que leurs cris de peur. Jusqu’à ce qu’enfin, Sully parvienne à renvoyer l’enfant chez elle et transforme la compagnie de traitement de cris d’enfants en traitement de rire d’enfants.

Voyons maintenant avec un exemple beaucoup moins mignon.
Le Pitch Pixar s'applique à tout sujet et il vous suffit de suivre cette méthode pour construire un message fort. Prenons ici l’exemple des kits de dépistages du VIH à faire à la maison.

Il était une fois une crise sanitaire qui menaçait de nombreuses parties de l'Afrique. Chaque jour, des milliers de gens mouraient du sida et de maladies liées au VIH, souvent parce qu'ils ignoraient qu'ils étaient porteurs du virus. Puis un jour, nous avons conçu un kit VIH utilisable à la maison, peu coûteux, permettant aux gens de se tester eux-mêmes avec un simple prélèvement de salive. À cause de ça, davantage de personnes se soumettent au test. C'est pourquoi les individus contaminés demandent à se faire traiter et font en sorte de ne pas infecter les autres. Jusqu'à ce qu'enfin l'expansion de cette maladie redoutable ralentisse et que davantage de gens jouissent d'une longue vie
D’abord, ce n’est pas votre histoire à vous. Vous racontez l’histoire d’un problème à résoudre, où votre projet/produit/service/entreprise va se présenter comme une solution. Ensuite, le héros de votre histoire, ce n’est pas vous, c’est l'usager final. Attention encore, L’usager final n’est pas nécessairement le client en face de vous. Si je veux vendre mes tomates bio à IGA, mon usager n’est pas la personne responsable des achats chez IGA, c’est la personne qui achète des tomates chez IGA. Nous savons qu’il y a un problème à résoudre, et c’est l’histoire de cette résolution que nous sommes venus raconter.
Cela peut paraître simple, ou même simpliste. Mais c’est justement ce que l’on recherche : l’évidence. En musique, un hit n’est pas une chanson très originale. Un hit, c’est une chanson qui nous semble familière dès la première écoute. De préférence à 120 battements par minute, et avec ces quatre accords : Sol, Ré, Mi mineur, Do. Et bien une bonne histoire, c’est une histoire qui nous paraît évidente, avec une structure connue. N’essayez pas d’être original, c’est INUTILE. Visez plutôt l’efficacité. Vous voulez simplement ouvrir la porte à une attention supplémentaire, qui vous permettra de rentrer dans les détails économiques ou techniques.
Le Pitch Pixar forme un schéma narratif qui aidera vos clients à comprendre qui vous êtes, ce que vous voulez faire, mais aussi pourquoi vous le faites et comment, en 6 étapes : Il était une fois… Chaque jour… Puis un jour… À cause de ça… C'est pourquoi… Jusqu’à ce qu'enfin…
L'introduction est la porte d'entrée de votre argumentaire. Son objectif principal est de capter l'attention, de gagner la bienveillance de l'auditoire et d'asseoir votre crédibilité. Elle doit préparer l'auditoire en créant une connexion émotionnelle ou intellectuelle, capter l'attention en posant une question ou en évoquant une problématique, et assoir votre crédibilité en montrant que vous comprenez les enjeux. Enfin, elle doit implanter l'idée principale, celle que vous défendrez tout au long de l'argumentaire.
Voici un bon exemple. À vous d'identifier quel phrase joue quel rôle...
Hey, j'avais hâte de vous voir! On a un projet tout simple qui va rendre les gens plus heureux et plus productifs… On a fait nos devoirs, et on sait désormais que... ce que les gens aimeraient… c'est une nouvelle machine à café!
L'agencement des arguments influence grandement l'efficacité du message. Il est judicieux de commencer par l'argument le plus accessible, celui qui suscitera le moins de débat et mettra l'auditoire en confiance. Ensuite, il est pertinent de poursuivre avec l'argument le plus impactant, celui qui a le plus de poids rationnel ou émotionnel. Enfin, il convient de conclure le développement par l'argument différenciateur, celui qui laisse une impression durable.
Chaque argument doit également passer le "stress-test" de la validité. Il doit être vraisemblable, c'est-à-dire plausible et crédible dans le contexte présenté. Il doit être vérifiable, reposant sur des éléments concrets et démontrables. Enfin, il doit être viable, ce qui signifie qu'il est faisable et pertinent dans les différents scénarios envisageables.
La conclusion doit marquer les esprits. Elle reprend l'idée principale, résume les arguments clés, et appelle à l'action ou à l'adhésion. Son objectif est de contrôler l'attention finale et de laisser une impression claire, de renforcer l'idée principale par la répétition et de donner une direction claire en concluant par un appel à l'action. Par exemple : « Une nouvelle machine à café, c'est plus que du confort : c'est un investissement dans le moral et la productivité de notre équipe. Alors, faisons ce pas ensemble. »
Un bon argument est celui qui résiste aux critiques et convainc par sa solidité. Il doit répondre à deux critères fondamentaux : la vérité et la validité.
La vérité d'un argument repose sur des faits concrets et vérifiables. Il s'agit de démontrer que l'argument avancé est fondé sur des éléments réels, des données tangibles ou des expériences partagées. Par exemple, affirmer que "les gens aiment boire du café" nécessite des preuves, comme un sondage ou des observations concrètes. Si l'argument ne repose pas sur des éléments factuels, il risque d'être perçu comme arbitraire et peu convaincant.
La validité s'évalue selon quatre critères essentiels : l'efficacité, la pertinence, la faisabilité et la moralité.
Un bon argument est donc celui qui passe avec succès ce "stress-test" de la vérité et de la validité. Il s'inscrit dans le réel, se démontre par des faits et propose une solution faisable et éthique. C'est cette robustesse qui lui confère sa capacité à influencer et convaincre durablement.
Voici un exemple, inspiré de mon projet de machine à café. Admettons qu'un de mes arguments est "les gens aiment boire du café". Voyons ce que donnerait notre stress-test...
Voyons un autre exemple, avec l'argument suivant "Jaser à la machine à café, c'est bon pour le moral des gens."
Enfin, il est essentiel de se rappeler que la force d'un argumentaire ne réside pas uniquement dans la logique ou les faits. Les émotions jouent un rôle clé dans le processus de persuasion. Un bon argument doit savoir allier la rigueur rationnelle à l'empathie émotionnelle. C'est cette combinaison qui permet de toucher l'auditoire, d'éveiller ses motivations profondes et d'ancrer durablement l'argument dans les esprits. Convaincre, c'est donc autant démontrer que résonner avec l'humain en face de soi.
Nous avons été habitués à un feedback instantané. Des « J’aime », des étoiles, des commentaires, des rires… Ces réactions instantanées nous rassurent et nous encouragent. Mais un feedback plus complet peut être un puissant outil de motivation. Une technique répandue est le feedback sandwich : on camoufle la critique entre deux compliments pour la rendre plus digeste. Elle permet de renforcer le bon, d’identifier le moins bon et de motiver à persévérer. Le problème : on dilue l’information clé et on enlève de l’importance au point à améliorer. Alors, comment amener le feedback à un autre niveau
On s’inspire des techniques de coaching d’un athlète expliquées par Magill et Anderson pour développer une formule complète: un problème, une image, une solution et un timing.
Imaginons un joueur de baseball. Il obtient deux formes de feedback lorsqu’il frappe une balle. Le premier est sensoriel et instantané — il sait automatiquement s’il s’agit d’une bonne frappe. Il ressent le contrecoup dans ses bras, entend le son du choc, regarde la balle qui s’éloigne… et il pourra juger aussitôt de sa performance. Il s’agit du feedback intrinsèque à la tâche. Un problème : ce feedback n’est pas toujours disponible ni instructif : il dépend grandement de la nature de la tâche et de l’expérience de l’athlète.
On s’intéresse spécifiquement à la seconde forme de feedback : le feedback augmenté. Il peut venir d’un tiers comme un coach et on lui reconnaît trois fonctions: faciliter l’apprentissage de nouvelles habiletés, améliorer la performance et motiver à persévérer dans la pratique. C’est la forme de feedback préférée des athlètes puisqu’elle est plus facile à détecter, interpréter, et fait appel à des références connues et des objectifs qui peuvent être mesurés. C’est aussi une forme de feedback nécessaire et bénéfique au travail: on recherche à mieux évaluer le fruit de nos efforts, savoir comment faire mieux ou obtenir reconnaissance et valorisation par la rétroaction directe de nos collègues ou supérieurs.
Une seule erreur
La performance d’un athlète dépend d’innombrables variables: il ne fait bien rarement qu’une seule erreur en développant ses habiletés. Or, la mémoire et l’attention humaines étant limitées — un humain ne peut se rappeler que de 5 à 9 éléments entendus — l’entraîneur ne doit cibler spécifiquement qu’un seul élément à corriger par séance: le plus critique. Deux pièges : donner trop d’information et attribuer d’abord de l’importance aux détails qui ne causeront pas d’amélioration significative du résultat.
Imager la conséquence
Le feedback sera encore plus bénéfique s’il est imagé et que la conséquence est perceptible. L’entraîneur doit faire appel à une référence connue pour que l’athlète se concentre sur la tâche avec un objectif concret en tête.
Par exemple, un entraîneur de baseball pourrait simplement indiquer à son batteur de frapper plus tôt. Par contre, un feedback plus précis aura de meilleurs résultats. Par exemple : la balle doit être frappée à 11h (référence à une image: la position des aiguilles d’une horloge) pour toucher telle cible (la conséquence perceptible — une cible physique).
Préciser la solution selon l’apprenant
L’entraîneur doit déterminer le degré de solution à apporter. Lorsqu’il a affaire à un athlète moins développé, il devrait fournir l’information spécifique et technique sur la tâche ou le mouvement exact à réaliser. Toutefois, pour les athlètes plus élites ou plus expérimentés, il est recommandé d’opter pour une information moins précise pour les encourager à chercher la solution, afin de pousser leur pratique encore plus loin.
Le timing
Un feedback donné trop tôt ou trop vite peut créer une dépendance. Pour y palier, l’entraîneur peut laisser l'athlète choisir son moment optimal pour recevoir le feedback.
Il est 10h, vous en êtes à votre deuxième café. Ça bourdonne à l’agence depuis très tôt ce matin. Vous en êtes à l’étape d’idéation d’un gros projet. Comme toujours, les délais sont serrés, vous devez trouver une idée géniale rapidement. Le brainstorm commence. Sans jeu, sans réel début, un peu à froid. GO. Des gens osent, fébriles, sortir quelques idées. Vous n’osez pas. Vous avez les mains moites, c’est un peu stressant.
Vous devez performer maintenant, dire quelque chose de minimalement pertinent, créatif, amusant. Vous vous avancez, vous osez sortir une idée encore toute naissante, sans trop savoir si c’est réellement bon. Sans trop y réfléchir, en vous inspirant de ce que vous venez d’entendre des autres. Vous lancez votre idée avec le regard vulnérable d’un bébé alpaga.
Et on vous dit non. « Non, ça, ça ne marche pas, on ne peut pas faire ça pour X raison ». Paf. Malaise, retour du regard fragile de bébé alpaga, et fin de l’exploration.
Alors, dites-moi, avez-vous envie de continuer à essayer de trouver l’idée géniale et de vous mettre un peu à nu avec vos idées naissantes Ben non.
Mais en quoi ce « non » peut être anti-productif En fait, il nuirait carrément à notre créativité, en activant des zones de notre cerveau qui devraient être inhibées durant l’exploration : les zones correspondantes aux mécanismes de la censure et de la planification.
En effet, deux études passionnantes portant sur les neurosciences et la créativité nous confirment qu’on doit se mettre dans des conditions physiques particulières pour improviser, et que le « non » vient nuire à notre capacité à être en état d’intuition.
Une première expérience est menée par le neurochirurgien et chercheur en créativité Charles Limb¹ en 2007 sur un groupe de comédiens et de musiciens de jazz. Les artistes devaient interpréter une partition ou un texte appris, puis devaient se lancer dans une improvisation. Pendant cette expérience, leur activité cérébrale était analysée par IRM. Les chercheurs pouvaient alors observer les régions cérébrales qui étaient activées et désactivées lorsque le sujet devait improviser.
Les spécialistes en neurosciences Liu et Braun, ont également observé par IRM les régions cérébrales activées et désactivées d’improvisateurs en action, mais cette fois sur le cerveau de 12 rappeurs en plein freestyle².
Les conclusions de ces deux études sont les suivantes : pendant une activité improvisée, la zone médiane (zone qui correspond au mécanisme de l’intuition) est activée alors que les zones orbitofrontale (mécanisme de la censure) et dorsolatérale (mécanisme de la planification) sont inhibées.
Et c’est (entre autres) pour cette raison que la règle du « Oui et » est aussi pertinente. Parce que le « non » nous renvoie, de façon assez drastique, à ce mécanisme de censure que l’on cherche à éviter. En se faisant juger sur une idée, une tentative, on cherche ensuite à se censurer, à se protéger, pour éviter de se mouiller à nouveau et d’essuyer un revers ou un refus.
La règle du « Oui et » est une règle fondamentale en improvisation théâtrale parce qu’on est dans l’instant, dans le spontané, dans le vide, on cherche sans arrêt. Le « oui et » veut dire accepter et construire. Accepter l’idée de l’autre (même quand on s’en allait vraiment ailleurs) et construire dessus (en essayant de s’amuser avec l’idée).
Ça ne veut pas dire qu’on adore n’importe quelle idée d’emblée, mais ça valide la tentative de l’autre et ça montre qu’on est à l’écoute. Et puis neurologiquement, ça permet de désactiver la censure et permet à l’intuition d’être plus libre, d’être pleinement activée.
Donc pour protéger les idées fragiles, et en encourager d’autres à naître, essayer un peu plus de Oui et que de non, mais.
La criminologie nous en apprend beaucoup sur le comportement des humains, sur la société au cours de différentes époques. Nous avons choisi de vous raconter une histoire terrible, mais qui explique aussi très bien le comportement de nos collègues ou de nos équipes face à la responsabilité partagée.
Nous sommes le 13 mars 1964. Il est tard et Kitty Genovese rentre chez elle dans le Queens, après son service au bar Ev’s Eleventh Hour. Elle stationne sa voiture et marche jusqu'à son immeuble.
Mais la pauvre Kitty est suivie par un inconnu. Elle accélère le pas. Lui aussi. Elle se précipite sur une borne d'urgence pour prévenir les secours, mais il se jette sur elle. L'homme assène deux coups de couteau à la femme, qui hurle dans la nuit. Un voisin crie par la fenêtre et l'agresseur se sauve.
Pendant de longues minutes, Kitty se traîne tant bien que mal jusqu'à l'entrée de son immeuble en hurlant. Des fenêtres s'allument dans la nuit. Chaque minute dure des heures. Kitty agonise dans le hall d'entrée de son immeuble en attendant de l'aide... Mais...
Mais... personne ne viendra aider Kitty Genovese. Alors l'agresseur va revenir pour achever sa proie. Neuf coups de couteau dans la poitrine et l'estomac, puis dans la gorge. L'homme viole sa victime et lui dérobe tous ses effets personnels avant de s'enfuir dans la nuit. Les secours arrivent enfin... quelques minutes plus tard... mais trop tard.
Pendant son enquête, la police découvre que 38 (certaines sources indiquent 37) personnes ont été des témoins visuels ou auditifs du meurtre de Kitty. Une question demeure : pourquoi personne n'est-il intervenu L'histoire choque toute l'Amérique, et les sociologues s'emparent de l'affaire. Ils révèlent alors un phénomène psychosocial bien connu aujourd'hui l'effet témoin — aussi appelé l'effet Kitty Genovese : la responsabilité est divisée par le nombre de témoins.
À la suite de ce drame, les deux chercheurs en psychologie sociale John Darley et Bibb Latané se penchent sur le phénomène en 1968. Ils révèlent que contrairement aux idées reçues, face à une situation d'urgence exigeant de l'aide, plus le nombre de témoins est important, plus les chances que l'un d'entre eux intervienne sont faibles. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître "la probabilité d’aide est inversement proportionnelle au nombre de témoins". Ce phénomène s'explique en partie par l'apathie (opposée à l'empathie), ou à la conscience d'un risque en cas d'intervention. L'idée que "quelqu'un d'autre va s'en occuper" est beaucoup plus confortable que l'idée de se précipiter dans l'action.

De nombreux témoins se sont justifiés par le fait qu'ils ne connaissaient pas le numéro du poste de police local. Il faut dire qu'à l'époque, le 911 n'existait pas et qu'il fallait composer un numéro local pour prévenir les secours.
La médiatisation de l'affaire a précipité l'établissement d'un numéro de téléphone unique pour les États-Unis: le 911. Bien que le projet fût déjà en marche depuis 1957 à l'initiative de la National Association of Fire Chiefs, il fut accéléré suite au drame.
Au fil du temps, des journalistes — puis des historiens — se sont penchés sur l'affaire Kitty Genovese, et d'enquête en enquête, ils ont remis en question la version initiale du New York Times. De sombres histoires de scoop à tout prix, de corruption policière et d'homophobie latente dans l'Amérique d'alors ont largement entaché la véracité du premier récit. Pour être clair : toute cette histoire de témoins impassibles est fausse (tous les détails ici). Dans les faits, plusieurs appels auraient été reçus par les secours, et Kitty est morte dans l'ambulance. Quant au nombre 38, il viendrait tout bêtement... du nombre de pages du rapport de police de l'époque! Mais si le fait divers est contesté, l'étude de John Darley et Bibb Latané demeure valide, puisque le phénomène a été reproduit et observé dans une série d'études expérimentales.
Le New York Times a fini par s'amender dans un article paru en 2004... quarante ans plus tard.
Le pathologiste va prendre une décision totalement folle : conserver le cerveau d’Einstein pour tenter de percer le secret de son intelligence. Einstein n’avait laissé aucune instruction précise autorisant son étude. Son fils donnera son accord à des recherches scientifiques, à condition qu’elles restent discrètes.
Harvey photographie le cerveau sous tous les angles, le mesure, puis l’emporte à Philadelphie. Sa préparation prendra plusieurs mois : quelque 240 morceaux et des centaines de fines lamelles pour le microscope. Il contacte des spécialistes et préfère souvent leur livrer lui-même les échantillons.
Les morceaux se retrouvent ainsi dispersés dans différents laboratoires américains. Mais rien de spectaculaire n’apparaît. Un chercheur qui étudie le thalamus n’y voit rien qui distingue Einstein d’un homme ordinaire de cet âge. Les années passent, sans publication scientifique. Le grand projet tombe peu à peu dans l’oubli.
Avance rapide. 1978, vingt-trois ans plus tard. Steven Levy, jeune journaliste du New Jersey Monthly, retrouve Harvey à Wichita, au Kansas. Et ce qui reste du cerveau? Tout simplement dans son bureau : deux bocaux, rangés dans un carton à cidre rempli de journaux froissés.
Le reportage relance l’intérêt pour cette histoire. Les études viendront ensuite, à partir des fragments et des photographies conservés. L’anthropologue Dean Falk et d’autres chercheurs y repéreront plusieurs particularités. De quoi nourrir notre réflexion sur l’innovation… sans prétendre avoir découvert la recette du génie.

Non… le cerveau d’Einstein n’était pas particulièrement gros : il pesait 1 230 grammes, un poids qui n’avait rien d’exceptionnel pour un homme de son âge. Ce qui a surtout intrigué les chercheurs, ce sont certaines particularités de son organisation. Les études ne permettent pas d’affirmer qu’il avait 17 % de neurones en plus ni davantage de matière blanche dans l’ensemble du cerveau.

Dans le cerveau d’Einstein, plusieurs régions du corps calleux étaient plus épaisses que chez les groupes auxquels les chercheurs l’ont comparé. Ce faisceau de matière blanche est un réseau de quelque 200 millions de fibres nerveuses qui relient les deux hémisphères. Une étude publiée en ligne en 2013 y voit l’indice possible de connexions plus développées. Elle ne mesure toutefois pas la vitesse de circulation de l’information et ne démontre pas que cette anatomie explique son génie. Pour notre entreprise imaginaire, retenons l’importance de faire circuler l’information. Voyons maintenant quelles fonctions nous pourrions relier…

Le lobe pariétal participe à l’intégration des informations sensorielles, à la représentation de l’espace et à certains raisonnements mathématiques. Une étude de Sandra Witelson et de ses collègues, publiée en 1999, décrit le cerveau d’Einstein comme environ 15 % plus large au niveau de certaines régions pariétales que les cerveaux comparés. Il s’agit d’une différence de largeur, qui ne permet pas de chiffrer une capacité intellectuelle supérieure.

Dans le cerveau d’Einstein, certaines régions pariétales présentaient une anatomie inhabituelle. Ces observations ont nourri des hypothèses sur ses capacités de raisonnement spatial et mathématique, sans démontrer un développement de la pensée abstraite au détriment du langage. Interrogé par le mathématicien Jacques Hadamard, Einstein décrivait une pensée d’abord visuelle, parfois musculaire, dans laquelle les mots intervenaient ensuite. Cette réponse a été publiée en 1945.

Le cortex préfrontal joue un rôle important dans les fonctions exécutives qui (pour simplifier) nous guident pour nous aider à faire ce qui doit être fait : planifier, décider, prioriser et agir. Celui d’Einstein présentait plusieurs particularités anatomiques. Leur observation ne suffit pas à expliquer ses capacités; le rapprochement avec une direction exécutive en entreprise reste une métaphore.
L’histoire de Goya a, elle aussi, de quoi surprendre. En 1888, on exhume à Bordeaux le corps du peintre en vue de son rapatriement en Espagne. Stupeur… sa tête a disparu. Les circonstances de cette disparition restent mystérieuses; l’attribuer avec certitude à un anatomiste serait aller trop vite. Il faut aussi savoir que la phrénologie passionnait au XIXe siècle : on pensait alors pouvoir lire la personnalité et les facultés intellectuelles dans les formes du crâne. Cette théorie est aujourd’hui discréditée.
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Quand on passe des mois sur un projet, on en connaît les moindres détails : l’historique, les intentions, les choix abandonnés. À force, on ne le regarde tout simplement plus comme quelqu’un qui le découvre pour la première fois. Au cinéma, une scène limpide pour son auteur peut ainsi devenir incompréhensible pour le spectateur. D’où l’importance d’un œil extérieur : prendre du recul pour révéler ce qu’on finit par ne plus voir.
C’est ce constat qui a donné naissance au Braintrust lors de la création du premier Toy Story. À l’origine constitué d’un petit cercle de créateurs, ce groupe de réflexion s’est ensuite ouvert à d’autres réalisateurs, scénaristes et story-boarders. Et surtout : pas de hiérarchie. Des membres triés sur le volet : des gens brillants qui savent raconter des histoires… et donner du feed-back.
La particularité du Braintrust tient dans une règle assez inhabituelle : le groupe n’a aucun pouvoir sur le réalisateur. Il peut questionner, critiquer, signaler un problème, proposer une piste. Mais il ne peut pas lui ordonner de changer quoi que ce soit. La décision finale reste entre les mains de celui ou celle qui porte le projet.
Et ça change beaucoup de choses.
Si votre patron vous dit de changer le début de votre présentation, vous cherchez probablement comment changer le début de votre présentation. Si un collègue vous dit qu’il ne comprend votre proposition qu’à la huitième diapositive, vous avez un problème à résoudre. Peut-être faut-il changer le début. Peut-être déplacer une démonstration. Peut-être revoir complètement votre manière d’expliquer l’offre.
Le commentaire vous aide à travailler. Il ne travaille pas à votre place.
Le Braintrust repose ainsi sur quelques principes fondamentaux :
Encore faut-il savoir donner du bon feed-back. Chez Pixar, on parle de good notes : des commentaires suffisamment précis pour aider l’auteur à comprendre ce qui cloche, sans lui dicter ce qu’il doit faire.
La distinction est importante.
Prenons une publicité. Dire « il faut grossir le logo » contient déjà une solution. Dire « après avoir vu la publicité, je ne sais pas qui me parle » décrit un problème.
Grossir le logo sera peut-être la bonne réponse. Mais peut-être faudra-t-il revoir la signature, montrer davantage le produit ou renforcer le lien entre l’histoire et la marque. En sautant directement à la solution, on risque de régler un détail sans avoir compris le problème.
Les ingrédients d’une good note sont assez simples :
Et surtout, une good note arrive assez tôt pour qu’on puisse encore agir et ne dicte pas la solution. Elle décrit précisément le problème et laisse à l’auteur la responsabilité de le résoudre.
En gros : soyez précis sur le problème et beaucoup moins certain de la solution.
Pas besoin de réunir cinq réalisateurs oscarisés. Pour essayer le Braintrust, prenez un projet précis, trois ou quatre collègues et 45 minutes. Une campagne en préparation, une proposition commerciale, une nouvelle offre ou une présentation importante. Choisissez des gens qui comprennent suffisamment le sujet pour apporter quelque chose, mais qui n’ont pas tous passé les dernières semaines la tête dedans.
La personne responsable commence par expliquer ce qu’elle cherche à accomplir, pour qui, et ce qui reste encore ouvert. Puis elle montre le travail dans son état réel. Pas besoin de passer dix minutes à excuser le brouillon : c’est précisément parce que c’est un brouillon qu’on est là.
Ensuite, chacun note ce qu’il voit. Où est-ce que je décroche? Qu’est-ce que je ne comprends pas? Qu’est-ce qui me semble inutile? Qu’est-ce qui fonctionne particulièrement bien? Qu’est-ce qui manque?
Puis on échange.
Si quelqu’un arrive directement avec une solution, on peut simplement lui demander : « Quel problème essaies-tu de régler? » Ça oblige à remonter d’un cran. À distinguer le diagnostic de la prescription.
Et celui qui présente doit résister à une autre tentation : défendre chaque choix. « Oui, mais si j’ai fait ça, c’est parce que… » Son intention est peut-être parfaitement logique. Mais elle ne change pas ce que les autres viennent de voir, de comprendre ou de ne pas comprendre.
À la fin, on ne repart pas avec une liste de corrections imposées. On repart avec deux ou trois problèmes mieux compris. Et c’est à la personne responsable du projet de décider comment les résoudre.