




Une étude menée à Stanford l’a confirmé¹. Nous sommes 60 % plus créatifs en marchant. L’objectif de la recherche était de mesurer la capacité à générer des idées originales, à formuler des analogies complexes, et à associer des mots selon l’activité physique réalisée (en marche ou assis). D’autres chercheurs sont allés plus loin encore, en essayant de comprendre la relation corps et esprit. Si rien n’est abouti, une seule chose est sûre : nous sommes plus créatifs en marchant… alors, marchons.
Menée par Marily Oppezzo et Daniel L.Scwartz, chercheurs à l’Université de Stanford, cette étude a permis d’établir le lien entre la marche et la capacité à générer de nouvelles idées². 176 étudiants ont été placés dans 4 conditions différentes :
Une fois cette étape achevée, les participants réalisaient 3 exercices de 5 à 15 min, destinés à mesurer leur créativité.
Expérience #1 : Mesurer la production d’idées originales. En 4 minutes, générer le plus d’idées originales pour l’utilisation d’un objet (ex. : une bouteille, un pneu, etc.). Une idée était considérée comme originale si aucune autre personne ne l’avait déjà soumis.
Résultat : Les étudiants qui marchaient ont donné 60 % de plus d’utilisation originale que les étudiants assis, peu importe si c’était face à un mur blanc ou à l’extérieur.
Expérience #2 : Mesurer la production créative par l’analogie complexe spontanée. Donner spontanément une analogie à différentes propositions. Par exemple : la proposition donnée est « Un cambriolage ». Une analogie simple est « une maison vide ». Une analogie complexe est « Un soldat souffrant de stress post-traumatique », car cela inclut le sentiment de perte ou de violation.
Résultat : 100 % des étudiants qui marchaient pouvaient générer au moins une analogie complexe, alors que seulement 1 à 2 étudiants assis en ont été capables.
Expérience #3 : Mesurer la concentration par l’association de mots. Les étudiants devaient trouver un mot qui pouvait s’associer avec une série de 3 mots donnés. Par exemple : Quel mot peut s’associer avec « tarte », « français » et « trou » ? Réponse possible : Fromage.
Résultat : Contrairement à ce qui était attendu, les étudiants assis ont eu de meilleurs résultats que les étudiants qui avaient marché. Selon les chercheurs, cela met en évidence que la marche favorise notre créativité, mais pas notre raisonnement.
Autre point important de l’étude : les effets de la marche persistaient encore après l’activité physique. Marcher avant une séance de création serait donc tout aussi efficace que marcher pendant celle-ci.
Pourquoi marcher nous rendrait-il plus créatifs, plus inductifs ? Plusieurs débuts de réponse ont vu le jour, sans jamais pouvoir vraiment statuer :
Lorsque nous marchons, notre cœur bat plus vite, envoyant plus de sang et d’oxygène à nos muscles et à nos organes, y compris notre cerveau. De nombreuses études ont démontré que cet apport d’oxygène améliore notre capacité d’attention et notre mémoire.
La marche régulière favoriserait également la création de nouvelles connexions neuronales et éviterait le vieillissement des tissus cérébraux avec l’âge. Pour faire simple, même un effort physique léger, mais régulier entretient votre cerveau, grâce à l’apport en oxygène.
C’est aussi connu que les mouvements de notre corps changent nos pensées et vice-versa.
Des psychologues spécialisés en musique ont quantifié les effets de la musique sur nos comportements : écoutez une chanson rythmée et vous courrez plus vite, écoutez une musique forte et enjouée dans votre voiture et vous appuierez inconsciemment un peu plus fort sur l’accélérateur³.
Quand nous marchons, nos pieds s’accordent inconsciemment et naturellement avec le rythme de nos pensées intérieures… Ce que ça signifie ? Nous pouvons décider délibérément d’accélérer ou ralentir le rythme de nos pas pour accélérer ou ralentir le rythme de nos pensées.
Ces réflexions auront permis de poursuivre les recherches pour trouver un lien de causalité et pour étudier l’influence du corps sur l’esprit. Tout ce qu’on sait de façon sûre, c’est que nous sommes plus créatifs en marchant.
Steve Jobs et Mark Zuckerberg étaient connus pour leurs réunions en marchant. Mark (de son petit nom) proposait même pour certains recrutements une promenade à travers Palo Alto. Jack Dorsey organise régulièrement « les marches de Gand » (une marche de 3,5 km entre la statue de Gandhi et le siège des entreprises)⁴.
Alors on ne dit pas que toutes les tâches devraient être effectuées en marchant. On ne dit pas qu’il faut marcher 3,5 km. Et on ne dit pas non plus que vous serez le prochain Mark Zuckerberg (mais si jamais vous l’êtes, appelez-nous, on pourrait faire affaire).
Le confinement a introduit de nouvelles habitudes, de nouveaux concepts et de nouvelles contraintes. La peur et les limites se sont instaurées dans notre quotidien. L’inspiration s’est faite plus rare, et la motivation plus dure. Il est pourtant important de recommencer à générer de nouvelles idées. Des idées pour s’en sortir, des idées pour améliorer notre quotidien, des idées pour reprendre le chemin du travail, des idées pour recommencer quelque part.
Et voilà le secret ! Instaurez la marche pendant une réunion téléphonique, partez vous promener pour réfléchir aux enjeux de votre entreprise, pensez à de nouveaux concepts de produits ou de services lors d’une ballade dans un parc. Et surtout… vérifiez la météo.
Nous sommes 60 % plus créatifs en marchant. Alors, levons-nous et marchons. Il est temps de recommencer à générer de nouvelles idées pour s’adapter et évoluer. Soyons simples pour être créatif : promenons-nous. C’est par là que commence la création, une bonne marche !
Nous sommes 60 % plus créatifs en marchant. Alors, levons-nous et marchons. Il est temps de recommencer à générer de nouvelles idées pour s’adapter et évoluer. Soyons simples pour être créatif : promenons-nous. C’est par là que commence la création, une bonne marche!
La méthode SCAMPER trouve ses origines dans les travaux de plusieurs penseurs et chercheurs dans le domaine de la créativité et de la résolution de problèmes. Le concept initial a été développé par Alex Osborn, un publicitaire américain et co-fondateur de l'agence de publicité BBDO. Osborn a introduit l'idée de la pensée divergente et des techniques de brainstorming dans son livre de 1953, "Applied Imagination". Bob Eberle, un éducateur et auteur américain, a ensuite adapté et étendu les idées d'Osborn pour créer la méthode SCAMPER. Eberle a présenté cette méthode dans son livre de 1971, "SCAMPER: Games for Imagination Development".
Si au départ la méthode SCAMPER a été conçue pour aider les enseignants et les élèves à stimuler leur créativité et à développer des compétences en résolution de problèmes, elle est aujourd'hui appliquée partout, notamment en design, en ingénierie, en innovation et en gestion de projet.
De quoi parle-t-on au juste? L'idée est de générer des idées à la volée, rapidement et sans trop d'effort, en partant d'une idée existante que l'on va transformer. Transformer comment? Nous avons sept consignes à suivre : Substituer, Combiner, Adapter, Modifier, Permettre un autre usage, Éliminer et Renverser — traductions libres de Substitute, Combine, Adapt, Modify, Put to another use, Eliminate, et Reverse.
Dans cet article, nous allons suivre l'exemple du stylo BIC. Nous allons le faire passer dans la "machine SCAMPER". Mais nous allons aussi profiter de l'occasion pour souligner l'ingéniosité, l'inventivité et même le génie québécois, à travers les si nombreuses inventions "d'ici" qui ont changé le monde. Rien de moins!

On pourrait substituer l'encore noire par de l'encre fluorescente, et inventer le marqueur. Ici, l'idée est de remplacer un élément par un autre, et d'imaginer ce que ça donne. Si, dans notre exemple de stylo bic, on substitue la couleur de l'encre par une autre couleur, alors on réinvente son usage...


On pourrait combiner deux objets en un : l'un pour écrire, l'autre pour effacer, et inventer un stylo-correcteur. Ici, l'idée est de fusionner deux produits en un, deux services en un. C'est le syndrome de "qui fait aussi". La montre qui fait aussi podomètre. La radio qui fait aussi réveil. Le couteau qui fait aussi tire-bouchon.


Et si on adaptait notre stylo pour un public précis — comme ici les enfants — qui ont une petit main et moins de force. Ici, l'idée est de modifier votre produit de façon à ce qu'il s'adapte à un certain public. Attention, cela ne veut pas dire que cette nouvelle invention sera uniquement dédiée à ce public-précis. Mais que les besoins particuliers de ce public révèlent un besoin latent pour le reste de la population, qui n'aurait pas nécessairement nommé ce besoin.


Et si on modifiait notre stylo avec plus de liberté? Pourquoi pas un stylo à deux couleurs? Trois? Quatre? Ici on veut changer la forme, la taille, la couleur, ou d'autres aspects d'un produit pour le rendre plus attrayant ou fonctionnel. L'idée? Élargir le champs des possibles!


Et si on faisait autre chose de notre stylo? L'idée ici, c'est le détournement. Utiliser un produit ou un concept existant dans un nouveau contexte. Et si on s'en servait pour se maquiller?


Et si on éliminait le plastique? Et tiens... et si on retirait l'encre, aussi? On pourrait inventer le crayon à papier — ou crayon de bois — qui, vraisemblablement existait avant... mais c'est juste un exemple. Comment pourrait-on imaginer un nouveau produit en retirant quelque chose de vital à son fonctionnement?


Notre stylo écrit? Alors il va effacer! L'idée est de dire blanc quand c'est noir, et noir quand c'est blanc. Votre produit est payant? Que faudrait-il inventer pour qu'il puisse être gratuit? Il est gratuit? Que faudrait-il améliorer pour que les gens soient prêts à payer pour? Choisissez une caractéristique, et inversez-la.

Et voilà! Au fil de mes exemples, vous avez peut-être eu le réflexe de reclasser tel ou tel exemple dans telle ou telle autre catégorie. C'est normal. Tout cela n'est pas scientifique, mais plutôt un jeu. L'idée est de produire un maximum de volume d'idées nouvelles... et de trier plus tard.
Recherches : Sandra Chaput-Carrier
Nous sommes le 14 mars 1914. Nueva est une jeune femelle chimpanzé de Ténérife. Isolée des autres animaux, enfermée dans une cage, elle est l’objet de toutes les attentions du psychologue allemand Wolfgang Köhler. Nueva s’ennuie. Elle gratte le sol, déplace des peaux de bananes pour les former en petit tas, tourne en rond. Elle voit alors un bâton négligemment posé sur le sol. Elle le saisit et le jette à l’autre bout de son enclos. Dix minutes plus tard, on place des fruits sur le sol, en dehors de la cage, hors de sa portée. Elle s’approche, tend le bras à travers les barreaux, tente de saisir les fruits, sans succès. Alors elle geint. Elle se plaint. Elle se lamente. Elle grimace, toutes babines retroussées. Geste de désespoir ultime, elle s’enlace elle-même et se laisse tomber sur le dos, avant de poursuivre ses plaintes. Sept minutes plus tard, elle aperçoit le bâton qu’elle avait jeté un peu plus tôt. Elle le regarde fixement. Cessant de gémir, elle l’observe, le scrute. Lentement, elle s’approche et le saisit, avant de le passer maladroitement entre les barreaux de sa prison, à destination des fruits. Après quelques essais malhabiles, elle parvient à rapprocher les fruits de sa cage, grâce au bâton. L’expérience est répétée plusieurs fois, à une heure d’intervalle. À chaque fois, le grand singe va immédiatement chercher le bâton pour ramener les fruits dans la cage, et l’opération semble de plus en plus aisée.
Cette découverte est révolutionnaire. Alors que rien n’avait préparé Nueva à cette expérience, alors que ni ses apprentissages dans la nature, ni l’observation de ses congénères, ni aucune forme d’entraînement n’eurent pu influencer l’animal, Nueva venait de faire la démonstration historique de notre capacité de découverte et d’invention. Glisser un bâton entre deux barreaux, placer le bout du bâton derrière les fruits, appliquer un geste précis pour ramener les fruits vers soi, autant de gestes nouveaux, révolutionnaires, autodidactes.
C’est à Sultan d’entrer en scène, dans une expérience parfaitement similaire à celle de Nueva, à la différence qu’on remplace le bâton par un arbuste, trop gros pour être déplacé ou servir d’outil. On place encore des bananes hors de la cage, hors de portée du grand singe, cette fois-ci dépourvu d’un bâton pour l’aider. Après quelques minutes d’observation, Sultan considère l’arbuste et l’observe. Il se dirige vers les bananes qu’il ne parvient pas à saisir. Après quelques essais infructueux de son bras décidément trop court, le singe se retourne d’un coup. Il fixe l’arbuste et d’un pas décidé il se dirige vers lui. D’un geste sûr, il casse une branche, retourne vers le bord de sa cage et glisse la branche feuillue entre les barreaux. De quelques gestes habiles, l’animal ramène à lui les bananes, qu’il va enfin pouvoir manger. Sans dressage, sans habitude, sans apprentissage par ses congénères, sans historique d’un problème similaire à résoudre, sans démonstration d’une pareille solution dans sa mémoire, et sous les yeux de Köhler, l’animal vient d’inventer l’outil.
Troisième acte, troisième acteur. Koko. Mêmes conditions, même expérience. Bananes hors de portée. Arbuste comme solution potentielle. Résultats similaires. A la différence de Sultan, Koko va habilement prendre le temps d’effeuiller la branche d’arbre. Dans une concentration absolu, sans gestes aléatoires, erratiques ou ludiques, le singe travaille son ouvrage : la fabrication d’un bâton. L’opération est répétée et chaque fois, on observe que le singe est déterminé. Il agit dans un but déterminé, avec des gestes prémédités, et même une cadence quasi productive.
Revenons sur cette séquence au ralenti, et tentons d'en comprendre la mécanique...
D'abord on peut observer que Nueva était consciente d’un problème à résoudre : les fruits étaient hors de portée. La solution connue — tendre le bras autant que possible — étant inefficace, il fallait inventer une alternative valable. Le bâton. Gratter le sol. Rapprocher les fruits. Elle venait non seulement de créer un rapport nouveau entre ces trois concepts, mais elle venait de donner une utilité à ce nouvel ensemble. Bref, Nueva venait d’inventer l’outil. Et personne ne lui avait jamais montré comment. Sans doute venait-elle de découvrir une capacité cachée en elle, mais le bâton, lui, venait d’être inventé en tant qu’outil. Wolfgang Köhler avait trouvé un nom à ce moment d'illumination : l'insight — un mot que personne n'avait utilisé avant lui. L'insight, c'est le moment de la trouvaille, ce n'est pas la trouvaille elle-même.
Ensuite, Nueva avait appris à ramener vers elle des fruits placés hors de la cage, mais à sa portée. Ensuite, elle avait appris à gratter le sol avec sa main, puis jouer avec un bâton. Mais dans cet instant auquel nous venons d’assister, Nueva a créé un lien nouveau entre le bâton, gratter la terre et rapprocher un objet éloigner. En d’autres mots, Nueva venait d’inventer un outil pour allonger son bras. Dans les années 60, Arthur Koestler donnera un nom à ce moment où deux matrices se percutent, la bisociation.
Troisième leçon, l’importance du jeu. Avant son invention, Nueva n’avait jamais vu le bâton comme un outil. Il ne s’agissait au mieux que d’un objet ludique. Mais par essais-erreurs, Nueva venait de transformer le jeu en un apprentissage nouveau et mystérieux. Encore une fois, aucune habitude, aucune aide extérieure, aucun mimétisme n’avait préparé Nueva à cette découverte.
Quatrième leçon, l’invention. Sultan avait été capable de percevoir l’arbre comme un outil potentiel. Il avait été capable de métaphore. Même si l’arbre n’est pas un outil, il pourrait devenir un outil. Il avait su percevoir un potentiel, imaginer ce qui n’était pas encore le réel.
Cinquième leçon, la technique. Nueva ne réussit pas du premier coup à rapporter les fruits grâce au bâton. Ses gestes étaient maladroits. Mais après plusieurs tentatives, et quelques heures seulement, non seulement les gestes étaient plus précis et plus décidés, mais aussi le bâton n’était plus un sujet de questionnement pour l’animal. Au fil des tentatives, elle se saisissait du bâton sans aucune hésitation. La solution était devenue un réflexe, et Nueva avait intégré sa découverte comme si elle avait toujours été là, en elle, comme s’il s’était s’agit d’un instinct hérité. Cette aisance avait été acquise par l’action répétée du même geste, par la technique. Au fur et à mesure de ses tentatives, Nueva avait développé son adresse et sa confiance. Oubliée la crise de baboune, les plaintes et la frustration. La solution était là, encastrée dans l’esprit du grand singe, à disposition.
Sixième leçon, la production. Koko avait non seulement perçu le potentiel de l’arbre, mais plus fort encore, il a su produire un outil semblable au bâton, en retirant les feuilles. En se concentrant à la tâche. Ce n’était ni un jeu ni le fruit du hasard. C’était une action déterminée, décidée, bref, réfléchie.
Voici quelques extraits rarissimes, qui proviennent des enregistrements originaux de Kohler :
Développement de nouveaux produits, transformation numérique, changement de logo, mise à jour du système de paie… les projets d’une organisation sont nombreux et se succèdent rapidement. Mais comment se fait-il que 90 % des entreprises n’atteignent pas leurs objectifs stratégiques?
La réponse est simple : elles ne choisissent pas les bons projets. Trop souvent, ils sont sélectionnés en fonction du temps, du budget, du gestionnaire en place ou des compétences de l’équipe, plutôt qu’en fonction de la pertinence du problème qu’ils permettent de résoudre. Mais le hic, c’est qu’évaluer la pertinence d’un projet prend du temps. Or, 85 % des équipes de direction consacrent moins d’une heure par mois à discuter de stratégie. Pire encore, la moitié n’y consacre aucun temps.
S’arrêter. Évaluer. Prioriser : ce processus est essentiel pour maintenir le cap sur les bons projets qui règlent les bons problèmes. Cela peut paraitre contradictoire, mais s’arrêter est une partie intégrante de la productivité. Mais comment fait-on pour prioriser? Nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle.
La mauvaise nouvelle c’est qu’il existe presque autant d’outils pour prioriser ses projets qu’il existe de projets en soi. La bonne nouvelle ? On vous résume l’essentiel et on vous propose l'outil de tous les outils pour y voir plus clair.
Oui il existe plusieurs modèles pour prioriser, mais la plupart se classifient en deux grandes approches : de haut en bas (« Top-Down ») ou de bas en haut (« Bottom-Up »).
Dans le premier cas, l’organisation a bien définit sa vision ou son ambition. Elle est en plein processus de planification stratégique. Elle peut donc cibler les projets en adéquation avec sa vision et ses grandes orientations. C'est le scénario idéal.
Dans le deuxième cas, c’est l’inverse. C’est un feu roulant, et il est trop tard pour faire du Top-Down. Les projets se sont accumulés et il faut prioriser, vite. On sort notre planification stratégique d’un fond de tiroir ou des confins d’un serveur et on se met au travail.
Pour bien discerner la nuance entre ces deux approches, voyons quelques exemples.
La carte stratégique est un outil développé par Kaplan et Norton du Harvard Business School Online. Elle permet d'articuler la stratégie d'une organisation à travers quatre perspectives : financière, client, processus internes, et apprentissage et croissance. Pour chaque perspective, on détermine des objectifs spécifiques et des projets pour réaliser ces objectifs. Ainsi, on s’assure que l’ensemble des initiatives entamées par l’organisation servent sa vision.
Antonio Nieto-Rodriguez est un expert reconnu dans le domaine de la gestion de projet et de la stratégie d’entreprise. Il propose une pyramide pour prioriser les projets. D’abord, à sa base, on retrouve la raison d’être de l’organisation (« Purpose »). Ensuite, les priorités qu’elle devrait entreprendre pour atteindre cette raison d’être. Au troisième palier arrivent les projets, déterminés en fonction des priorités établies. Au-delà de ces trois niveaux, on attribue les ressources (« People ») et on définit la performance souhaitée. Cette pyramide est un outil intéressant pour réfléchir à l’ordre dans lequel prioriser ses projets.
La méthode DICE du Boston Consulting Group évalue un projet à travers quatre éléments clés : la Durée du projet, l'Intégrité de l'équipe, l’Engagement (« Commitment ») et l'Effort demandé. En un mot ? DICE. En une équation ? (D + 2I + 2C1 + C2 +E). Cette formule est une façon simple, rapide et concrète d’évaluer les chances de succès de chaque projet de votre portefeuille, pour ainsi mieux prioriser. Pensez à l’un de vos projets et allez essayer leur calculateur en ligne.
BEEM tient son abréviation de « The Business Effect Evaluation Methodology ». Cet outil norvégien s’intéresse d’abord et avant tout aux opportunités d’affaires générées par un projet. Pour chaque opportunité, on détermine l’importance pour l’organisation (« poids »), les différents scénarios d’impact possibles et le scénario visé par votre entreprise. Cette analyse révèle un score de 1, 3 ou 9 à pondérer. L’avantage du score pondéré est qu’il reflète l'importance relative de chaque opportunité. Ainsi, vous pourrez mieux prioriser.
Si la matrice d’Eisenhower porte le nom du 34e président, c’est plutôt à Stephan Covey, l’auteur du livre « Les sept habitudes des gens efficaces » qu’on doit ce populaire outil qui met en relation l’importance et l’urgence. Elle clarifie les priorités à court terme, à savoir les projets urgents à privilégier, et cerne les démarches essentielles pour réaliser les objectifs à long terme, qui résident souvent dans les projets importants et non urgents.
Selon IDEO, un projet, une idée ou une innovation devrait à la fois être désirable pour les utilisateurs ou clients, viable financièrement pour l’entreprise et faisable selon les ressources humaines et technologiques en place. Devant un projet qui ne satisfait pas l’une de ces trois conditions, il vaut mieux laisser tomber ou revoir le paramètre défaillant.
Autre outil relié de près au précédent : la zone d’énergie, d’excitation et de confort (« Ease »). Existe-t-il encore de l’intérêt envers le projet? Si oui, vous avez l’énergie nécessaire pour mener le projet à terme. Est-ce que le projet génère toujours de l’engouement et de l’enthousiasme? Si c'est le cas, vous avez l’excitation pour mobiliser l’équipe jusqu’à la fin. Finalement, pouvez-vous terminer le projet avec facilité? Si oui, vous avez réuni toutes les conditions favorables pour prioriser ce projet.
Alors…quel outil devriez-vous privilégier? Dur à dire parce que chaque organisation est unique et complexe. Ainsi, il n’y a pas d'approche universelle qui convienne à tous. Il faut plutôt bâtir votre propre outil de priorisation. Et pour ce faire, il existe l'outil des outils : la matrice de priorisation des problèmes de Health Iowa. Chez Perrier Jablonski, nous aimons nous en inspirer pour accompagner nos clients dans la priorisation de leurs projets.

Grosso modo, cette matrice s'opérationnalise en trois temps :
Et pourquoi cette matrice plutôt qu'une autre? Parce cette matrice se distingue par son approche axée sur la hiérarchisation des problèmes plutôt que sur les projets spécifiques. Et après tout, les problèmes doivent être priorisés avant les projets, car ce sont eux qui guident les projets à développer. Les outils de priorisation de projets sont quant à eux de précieuses références pour construire votre propre matrice de priorisation de problème. Découvrez-les, analysez-les et inspirez-vous-en pour trouver les critères qui vous aideront à prendre les décisions les plus stratégiques pour votre organisation.
L'expérience de pensée est une puissante étape précédant la validation par les faits.
Elle permet de sonder l'inconnu, de tester des hypothèses de façon intuitive, avant même de se tourner vers des instruments ou des protocoles d'expérimentation. Explorons ensemble comment des penseurs comme Albert Einstein, Gaston Bachelard, ou Johannes Kepler ont déployé des expériences de pensée pour remodeler notre compréhension du monde.
Albert Einstein est sans doute l'exemple le plus célèbre d'un scientifique qui a fait de l'expérience de pensée son terrain de prédilection. Avant même de parler d'équations et de preuves empiriques, Einstein s'est plongé dans l'imaginaire en se posant une question simple : "Que verrais-je si je voyageais sur un rayon de lumière ?". Cette question est au cœur de sa théorie de la relativité restreinte. En imaginant une telle situation, Einstein a pu visualiser les distorsions du temps et de l'espace, une intuition qu'aucune expérience scientifique de l'époque ne pouvait encore valider.
En 1905, année où il publie son fameux article sur la relativité, il met en lumière l'idée révolutionnaire que le temps et l'espace sont relatifs au mouvement de l'observateur. Pour en arriver là, Einstein ne s'est pas contenté de compiler des données. Il a puisé dans la force de sa réflexion conceptuelle, en utilisant une série d'expériences de pensée comme celle des horloges synchronisées ou du train qui voyage à grande vitesse. Ces scénarios fictifs lui ont permis de tester mentalement des concepts à une échelle impossible à reproduire à l'époque.
L'expérience de pensée a ici une vertu libératrice : elle s'affranchit des limites de l'expérimentation physique pour éclairer des idées qui auraient autrement pu rester hors de portée de la compréhension humaine. Ce n'est qu'après ces intuitions théoriques qu'Einstein et d'autres scientifiques ont cherché les preuves empiriques, lesquelles sont venues confirmer ses prédictions des années plus tard.
Gaston Bachelard, philosophe des sciences, a lui aussi reconnu la valeur prépondérante des expériences de pensée, non pas seulement comme outils scientifiques, mais comme moyens de surmonter les obstacles épistémologiques. Bachelard considérait que le scientifique devait être capable de concevoir des idées qui vont au-delà du visible, de ce qui peut être mesuré immédiatement. Selon lui, la science progresse par ruptures, des moments où l'intuition s'élève au-dessus des faits disponibles.
Pour Bachelard, avant de manipuler la matière, il faut manipuler les idées. Il considère que la science avance par étonnement, par questionnement sur l'impossible, et les expériences de pensée sont l'outil parfait pour élargir notre horizon conceptuel. Un exemple intéressant est celui des théories de la thermodynamique. Avant que les instruments de laboratoire ne soient suffisamment précis pour mesurer la chaleur et l'énergie, il a fallu des esprits comme Sadi Carnot et James Clerk Maxwell, qui utilisaient leur capacité à imaginer des particules de gaz en mouvement pour explorer la notion d'entropie et les principes de la dynamique.
Johannes Kepler est un autre exemple fascinant de l'importance de l'expérience de pensée dans l'avancement scientifique. Avant même de vérifier par l'observation astronomique, Kepler était déterminé à découvrir une harmonie cachée dans le cosmos. Il croyait en une beauté mathématique intrinsèque à l'univers, une croyance qui l'a conduit à formuler des théories audacieuses sur les orbites planétaires.
Avant que Tycho Brahe ne lui fournisse des données précises sur les positions des planètes, Kepler avait déjà imaginé que les orbites devaient suivre des formes parfaites. Sa conviction en une symétrie cosmique l'a poussé à explorer la notion d'orbites elliptiques au lieu des cercles parfaits préconisés par ses prédécesseurs. Cette intuition, nourrie par une mélange de mathématiques et de métaphysique, a été vérifiée grâce aux observations ultérieures de Brahe, validant finalement l'idée que l'hypothèse précède souvent la mesure.
L'expérience de pensée ne se substitue pas aux données, mais elle est un précurseur vital à celles-ci. On pourrait la comparer à un phare qui éclaire la direction dans laquelle les faits doivent être cherchés. Elle offre un cadre conceptuel qui permet de donner un sens aux observations futures. Une idée sans donnée peut sembler éthérée, mais des données sans idée peuvent rester inertes, privées de signification. Cette dynamique est particulièrement pertinente aujourd'hui, à l'ère des Big Data, où la quantité d'informations disponibles est telle qu'elle peut être paralysante sans une question directrice pour l'organiser et l'interpréter.
Dans le monde de l'économie moderne, cette idée est également vraie. L'intuition des entrepreneurs et des dirigeants est souvent un facteur décisif bien avant que l'analyse des données ne vienne soutenir ou justifier une décision. Steve Jobs est un exemple emblématique : il a souvent pris des décisions stratégiques basées sur son instinct et sa compréhension de ce que les consommateurs pourraient vouloir avant même qu'il y ait des données pour les confirmer. De la création de l'iPhone à celle du premier Mac, Jobs s'est appuyé sur son ressenti et son intuition du marché, osant défier les études quantitatives qui suggéraient parfois que ces innovations seraient trop risquées ou inutiles. C'est après coup que les données ont confirmé la justesse de son intuition.
Un autre exemple dans le domaine de la finance est celui de Warren Buffett, qui privilégie une approche basée sur son évaluation personnelle des entreprises plutôt que sur des modèles purement quantitatifs. Buffett parle souvent de "cercle de compétence", cette zone où son intuition est la plus aiguisée et où il a développé une vision qualitative plus profonde que ne le pourraient des algorithmes automatisés. Il prouve qu'un investisseur avisé peut faire des choix pertinents sans se laisser submerger par des quantités énormes de données statistiques.
Ces exemples montrent que, dans une économie dominée par des analyses quantitatives et des algorithmes, l'intuition reste un outil essentiel pour naviguer dans des environnements incertains ou inexplorés. Les données seules ne peuvent dicter les décisions, surtout lorsqu'il s'agit de situations où l'inconnu domine. Dans un contexte de marché en évolution rapide, l'intuition permet de tracer une voie, de formuler une hypothèse qui sera ensuite étayée par des données. De même que les expériences de pensée ouvrent la voie à des découvertes scientifiques, l'intuition d'un leader économique dessine des trajectoires nouvelles que les analyses empiriques viendront par la suite confirmer.
En ce sens, l'expérience de pensée est une forme de préfiguration des résultats, un moyen de formuler des hypothèses audacieuses que les données pourront ensuite vérifier ou réfuter. Les révolutions scientifiques commencent souvent dans l'imagination de quelques individus qui osent penser différemment, même si cela va à l'encontre du savoir de leur époque.
Autant l'innovation est sur toutes les lèvres, autant elle ne veut pas dire la même chose dans toutes les bouches. Autant la créativité est dans tous les plans stratégiques des entreprises, autant elle ne nomme pas le même concept partout. Alors, comment s'entendre sur des attentes communes alors que même le vocabulaire n'est pas unifié?
Je me suis permis d'agglomérer les réflexions de plusieurs penseurs — et passeurs — sur la question. Je voudrais nommer par exemple Steven Eppinger (M.I.T.), Xavier Pavie (ESSEC) ou encore Etienne Klein (CEA). J'ai osé compiler, résumer l'essentiel pour en arriver à une formulation claire, efficace et — je l'assume — un peu mécanique. J'ai essayé de créer une chaîne logique qui lie ces notions entre elles. Mon ambition : aider les organisations à naviguer dans le monde des idées avec un vocabulaire universel, avec des mots qui veulent dire la même chose pour tout le monde. C'est parti!
Les humains sont dotés d'imagination. Nous avons ce super pouvoir. Notre cerveau est capable de se représenter quelque chose qui n'existe pas dans le réel. Fermez les yeux et imaginez que vous chantez devant 15 000 personnes au Centre Bell. Imaginez les détails de la foule, imaginez la scène, l’éclairage, la petite lumière là-bas indiquant la sortie, le trac aussi… Bon. Rien de tout ceci n’était vrai et pourtant, sous vos paupières fermées, vous l’avez vu. Cela marche aussi avec les mots, une logique, un raisonnement et même des sentiments ou des sensations. Par exemple, l’angoisse n’est pas la peur d’un danger réel et imminent. L’angoisse, c’est votre imagination qui fabrique en vous des émotions réelles... sans fondement réel — comme la salle de concert que nous venons d’imaginer.
→ Faire exister ce qui n'existe pas, c’est le pouvoir de l’imagination. Fabriquer des images mentales qui n’ont, à cet instant, aucune réalité. Mais ça marche aussi avec la tarte aux pommes. Je peux fermer les yeux et imaginer une belle tarte aux pommes. Je peux la faire exister dans mon imagination, dans ma tête… Non, mais quel pouvoir!
Notre deuxième super pouvoir, c’est notre capacité à utiliser notre imagination pour régler un problème. C'est ce que l'on nomme la créativité. Attention, je circonscris volontairement cette définition au monde des organisations. La création divine, la création artistique, la création naturelle sont de nature différente. Dans le monde des organisations, la créativité est la capacité d'imaginer une solution donnée à un problème donné.

Admettons qu’on soit en 1998. J’ai une belle collection de CD, et — si je suis chanceux — un Walkman laser Sony D-e221 (mais ça marche aussi avec d’autres modèles). Je dois traîner avec moi un petit classeur en polyester, avec de petits intercalaires en feutre, pour trimballer avec moi tous mes albums préférés. Pire encore, je suis obligé de choisir quels albums apporter avec moi ou laisser à la maison. J’ai donc un problème à résoudre.
En 1998, le format de fichier MP3 existe depuis 5 ans déjà et Winamp lit déjà les MP3 sur PC depuis moins d'un an… Mais pourquoi ne pas l’utiliser dans un lecteur portable? Je ferme les yeux… et je peux imaginer une sorte de mini-ordinateur portable, avec un disque dur comportant des fichiers MP3. Comme un Walkman, mais avec un disque dur à la place du lecteur de CD… Non?! Dans ma tête en tout cas, ça fonctionne.
→ La créativité, c’est la capacité à régler un problème avec mon imagination — et ça marche aussi avec la tarte aux pommes! Admettons que je veuille cuisiner. Je tombe sur la recette parfaite de la tarte aux pommes, mais… Patatra, je n’ai plus de pomme! Qu’à cela ne tienne, j’ai des poires et je m’adapte. Face à un problème, j’ai utilisé mon imagination pour concocter une solution. Mais tout est dans ma tête encore.
Il arrive que des idées nouvelles ne soient pas réalisables, ou pas viables, ou simplement pas dignes d'exister dans le réel. Mais si, face à toutes les options disponibles dans mon esprit, je décide de donner vie à l’une d’elles, à la seconde où cette idée prend vie, au moment où vous construisez quelque chose de réel et de nouveau... alors cela devient une invention.
La notion de nouveauté est imbriquée dans l’idée d’invention. Si j’utilise toute ma technique et tout mon talent à fabriquer une chaise, alors j’ai… simplement confectionné une chaise, je n’ai pas inventé la chaise. En revanche, je peux avoir inventé un nouveau type de chaise, un nouveau design de chaise, une chaise dans un matériau impensable jusqu’alors. Et puis, cette invention peut être une nouveauté pour moi, mais une réalité déjà existante ailleurs, sans que je ne le sache. Si j’invente une chaise à six pattes, alors — sous toutes réserves — c’est nouveau. Si après vérification, la chaise à six pattes a déjà été inventée, alors je n'ai pas inventé cette chaise. Oui, je l'ai créée, mais quelqu'un d'autre l'avait pensée avant moi. Et s'il a déposé une demande de brevet, alors je ne serai jamais l'inventeur officiel de la chaise à six pattes.
Cette idée n’a pas besoin d’existence physique en tant qu’objet. Elle peut exister simplement sur le papier, mais elle doit avoir une forme universelle — une description, un dessin, un modèle 3D, etc. — de manière à la partager avec le monde entier, pour en clamer la paternité, ou la maternité. Pensez à l’hélicoptère, la mitraillette et le tank, tous trois inventés par Léonard de Vinci vers 1482, mais réalisés plus de quatre siècles plus tard. Pensez aussi à tous ces milliers de demandes de brevets déposées chaque jour auprès des autorités responsables de protéger la propriété intellectuelle.

Retournons en 1998. Si je saisis un fer à souder et quelques composants électroniques, que j’arrive à brancher un microprocesseur de base et un écran LCD, je peux inventer le lecteur MP3. Je branche mon casque d’écoute, tout fonctionne... Je viens d’accoucher de mon idée. Je viens d’inventer quelque chose. Mieux encore, je viens de réaliser cette invention. Cette idée est passée de mon imagination à un objet réel, aussi imparfait soit-il. C'est une invention!

→ Une invention est une idée nouvelle et accouchée. Si vous avez utilisé votre imagination pour régler un problème, si vous avez su expliquer cette solution de quelque manière que ce soit, et si ce concept est nouveau, alors bonne nouvelle, vous avez officiellement inventé quelque chose. Mauvaise nouvelle, ça ne marche pas avec la tarte aux pommes-aux-poires. Si, manquant de pommes, j’ai créé la tarte aux poires, je n’ai pas inventé la tarte aux poires. Elle existait avant moi.
Vous vous souvenez peut-être du Rio PMP300 Player de Creative Labs, souvent cité comme le premier MP3 en novembre 1998. C’est injuste, car le véritable inventeur de cet objet révolutionnaire est SaeHan, une entreprise sud-coréenne, qui avait accouché du MPMan F10 le premier, et avait mis sur le marché son lecteur quelques mois avant Creative Labs. Mais c'est injuste, car l'invention du lecteur MP3 date de 20 ans plus tôt. Kane Kramer et James Campbell, alors âgés de 21 et 23 ans, ont une idée géniale.
Nous sommes en 1979 et les deux Britanniques imaginent un lecteur de musique portable de la taille d'un paquet de cigarettes, avec un écran et quatre boutons de navigation, que l'on pourrait remplir à travers une musique dématérialisée qui passerait par les fils téléphoniques. Ils avaient aussi décrit une boutique en ligne (et physique) où l'on pourrait acheter des titres à la pièce, pour quelques sous. Ils avaient baptisé ce système IXI. Mais on était 7 ans avant l'ordinateur personnel, 14 ans avant l'invention du format MP3, et à peu près 20 ans avant la popularisation du réseau Internet. Ils déposent une demande de brevet, mais tardent à accoucher d'un prototype... et tardent, et tardent...

Les IXI, Rio et MPMan n’ont pas survécu à l’histoire. Combien d'inventions tombent dans l'oubli? Inutiles, farfelues, inaccessibles, incomprises, ou peut-être mal nées, au mauvais endroit, au mauvais moment... On peut inventer sans innover. Quelle est la différence? L'innovation est une invention qui a réussi, en terme économique. Il faut que votre invention soit adoubée, approuvée par le marché.
Kramer, Campbell, Creative Labs et SeaHan ont inventé le lecteur MP3, certes... mais la véritable innovation — celle qui va changer le marché, bousculer les usages ou les codes — c'est Apple avec l’iPod. Apple n’a pas inventé le lecteur MP3. Mais l’iPod était l'aboutissement de cette invention, et par son succès, il est devenu une innovation — en réussissant à percer le marché de manière significative, à changer notre manière d’écouter de la musique, d’acheter de la musique, etc. Et cette innovation a été le début d’une série d’autres innovations très lucratives pour la marque, la plus grande étant iTunes (l'idée de Kramer et Campbell), qui allait changer l’industrie musicale à jamais. L’innovation implique les notions de succès et de chamboulement d’une industrie. Non, ça ne marche pas avec la tarte aux poires, à moins que vous ne réussissiez à la faire entrer dans un tube de pâte à dents, et que tout le monde capote.
→ Une innovation, c'est une invention qui a trouvé son public, qui a connu un succès commercial évident.
Pour la petite histoire, Apple a finalement reconnu en cour que la paternité de l'iPod revenait à Kane Kramer, même si ce dernier ne reçut jamais un centime des ventes des 163 millions d'iPods vendus depuis 2001. Ruiné, il a dû fermer sa boutique de meubles en 2007.

Voici donc la chaîne logique — et même causale — qui nous permet de passer de l'imagination à l'innovation :
❶ L’imagination est notre capacité à échapper au réel et produire des images, des raisonnements ou des pensées dans notre esprit.
❷ La créativité, c'est l'imagination appliquée à un problème.
❸ L'invention, c'est la créativité appliquée au réel.
❹ L'innovation, c'est l'invention appliquée au marché. Je pourrais même poursuivre la réflexion en proposant :
❺ Le progrès, c'est l'innovation appliquée au bien commun, à un futur enviable. Mais ça, c'est une autre histoire...