U.N.S. — Pour en finir avec l’innovation floue

U.N.S. — Pour en finir avec l’innovation floue

Gaëtan Namouric
February 22, 2026
—  0  min. de lecture
Le monde ne manque pas de problèmes à régler. La solution à tout? L'innovation. Le problème, c'est que l'innovation est un but à atteindre, qui manque d'une définition claire et de critères strictes. Et si on s'inspirait des critères E.S.G pour innover... vraiment?

Alors que les valeurs morales planaient comme un éther au dessus de nos sociétés depuis plusieurs décennies, les années 2020 ont été l'avènement d'un système d'évaluation des engagements des organisations : environnement, social, gouvernance (E.S.G.) — trois mots martelés partout. Les puristes vous pendront si vous parlez de stratégie E.S.G., d'approche E.S.G. ou tout autre dérivé de la définition originelle. E.S.G. sont des critères d'évaluation.

Ces critères sont des outils de mesures concrets, loin des promesses floues et des campagne de greenwashing. À force de s'inviter dans toutes les planifications stratégiques publiques et privées, cette approche est devenue un puissant levier de changement. On est passé du simple choix moral à la gestion de risques. Les organisation évaluent désormais ce qui pourraient leur arriver si elle n'embarquaient pas sérieusement dans un plan E.S.G?

Pendant ce temps, l’innovation continue de tourner à vide.

Le mythe tenace de l’innovation salvatrice

Vincent Bontems, philosophe des techniques et chercheur au C.E.A. — Commissariat à l'Énergie Atomique et aux énergies alternatives en France — rappelle que depuis les années 70, l'innovation est présentée comme une panacée, un remède à tout... sans qu'on ne sache réellement de quoi elle est véritablement le nom. Elle se présente comme un horizon indépassable (je cite), une sorte de miracle à venir censé guérir tous les maux de la société. Or, Bontems cite un rapport de la NSF (The Public Health and Safety Organization — l'institut de recherche américaine) de 1974, qui alertait sur l'usage du mot innovation jugé contre-productif puisqu'on ne savait pas vraiment ce que ce mot voulait dire. Malgré tout, l'usage du mot innovation a envahi le vocabulaire dans les années 1980, remplaçant le mot Progrès, qu'on écrivait alors avec un P majuscule.

Depuis lors, l'innovation a toujours été difficile à évaluer, ou à mesurer. Bontems cite quelques exemples:

  • On peut mesurer le nombre de brevets déposés par une entreprise ou une université.
  • On peut mesurer le taux d'homologation de ces mêmes brevets.
  • On peut mesurer le % du chiffre d'affaire d'une entreprise réservé à la recherche et au développement.

Cependant, les contre-exemples sont nombreux, et font quasiment l'anti-démonstration de ce raisonnement.

  • Le C.E.A détient le record mondial du nombre de brevets déposés, avec un taux record (80%) d'homologation de ceux-ci. Pourtant, ils ne retirent aucun profit réel cet avantage concurrentiel. Au C.E.A., le coût de dépôt de brevet et 5 fois supérieur aux royalties obtenues. Pareil pour le M.I.T. et tous les organismes de recherche publique.
  • Tesla et Apple sont unanimement saluées pour leurs innovations. Or, elles n'investissent que 4% et 7% de leur chiffre d'affaires en R&D. En fait, elles sont quasiment dernières dans le TOP 10 des entreprises du Nasdaq qui investissent en innovation.

J'ai déjà beaucoup écrit sur l'innovation, avec une volonté constante de clarification**. J'ai déjà évoqué la piste d'une définition simple, inspiré des travaux de Steven Eppinger (M.I.T.), Xavier Pavie (ESSEC) ou encore Etienne Klein (CEA) : une innovation est une invention qui a trouvé son marché. On passe du problème à une solution nouvelle, et cette solution nouvelle est un succès. Oui, la technologie peut intervenir, mais c'est d'abord la compréhension profonde de l'usager qui fait la différence. La technologie, elle n'est absolument pas indispensable à l'innovation.

Que nous apprennent l’échec de l’innovation… et le succès des critères ESG ? Que l’innovation, trop souvent, reste une ambition vague, hypothétique, parfois même insaisissable. À l’inverse, les ESG ont réussi parce qu’ils reposent sur des critères concrets, mesurables, comparables.

Et si on appliquait cette même rigueur à l’innovation ?
Et si, comme pour les ESG, on passait d’une promesse floue à un système d’évaluation clair ?

Je propose trois critères simples, précis et directement actionnables. Trois lettres : U.N.S.

U pour Utilité

L’innovation doit répondre à un besoin réel. Elle doit résoudre un problème, améliorer la vie, réduire un coût, optimiser un processus. Sans utilité, elle n’est qu’un gadget de plus.

Slack, par exemple, est né d’un besoin interne. Il a simplifié la collaboration d’équipe et s’est imposé comme un outil incontournable.

N pour Nouveauté

L’innovation doit apporter quelque chose de nouveau. Une méthode, un modèle d’affaires, une approche. Pas forcément une révolution mondiale — une nouveauté locale, sectorielle ou contextuelle suffit.

Airbnb n’a pas inventé le fait de dormir chez l’habitant, mais a transformé l’usage à grande échelle grâce à une interface, un système de confiance et une monétisation efficace.

S pour Succès

L’innovation doit être adoptée. Elle doit générer de la valeur : économique, sociale, culturelle. Ce critère est le juge de paix. Sans succès, pas d’innovation.

Zoom existait bien avant 2020. Mais c’est son adoption massive pendant la pandémie qui a confirmé son statut d’innovation.

Trois critères, pas une incantation

Les critères U.N.S. permettent d’ancrer l’innovation dans la réalité. Ils offrent :

  • Une boussole stratégique : pour aligner les projets avec les ambitions concrètes.
  • Un outil de priorisation : pour distinguer les idées brillantes des bonnes idées.
  • Un cadre mesurable : pour évaluer, comparer, apprendre.

Et surtout, ils permettent de sortir du brouillard. De passer du mot à l’action. Du mythe au pilotage.

Et maintenant ?

Ne dites plus « on innove ». Ne dites pas nécessairement pourquoi — souvent les visions sont vides ou anecdotiques. Dites comment. Et surtout, dites selon quels critères vous évaluez votre ambition. Utilité. Nouveauté. Succès.

Les E.S.G. ont transformé la morale en levier stratégique. Il est temps que l’innovation suive le même chemin. Transformons-la en système. En grille. En évaluation. L’innovation ne sera plus un vœu. Elle sera un verdict.

Ce qu'il faut retenir

En s'inspirant de la clarté et de la structure des critères ESG, l'approche UNS offre une nouvelle manière de conceptualiser et de mesurer l'innovation. Elle permet de passer d'une vision souvent nébuleuse à un cadre précis et actionnable, facilitant ainsi la prise de décision et l'évaluation du succès. En redéfinissant l'innovation à travers le prisme des critères UNS, les entreprises peuvent non seulement clarifier leurs objectifs, mais aussi mieux aligner leurs efforts d'innovation avec leurs stratégies globales.

Gaëtan est le fondateur de Perrier Jablonski. Créatif et stratège, il est aussi enseignant à HEC, à l’École des Dirigeants et à l'École des Dirigeants des Premières Nations. Il est membre du C.A. de l’École Nationale de l’Humour. Il est certifié par le MIT (Design Thinking, I.A.), il étudie l'histoire des sciences, la philosophie, et les processus créatifs. Il est l’auteur de deux essais et plus de 200 articles sur tous ces sujets.
Bibliographie et références de l'article
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Gaëtan Namouric + MidJourney (7)
Cet article propose les critères U.N.S. (Utilité, Nouveauté, Succès) comme cadre d'évaluation concret de l'innovation, en s'inspirant de la rigueur des critères ESG. S'appuyant sur les travaux du philosophe Vincent Bontems du Commissariat à l'Énergie Atomique et sur un rapport de la NSF de 1974 alertant déjà sur le flou du concept d'innovation, l'article démontre que les mesures traditionnelles comme le nombre de brevets ou le pourcentage de R&D sont insuffisantes : le CEA détient le record mondial de brevets mais ses coûts de dépôt sont cinq fois supérieurs aux royalties, tandis que Tesla et Apple n'investissent que 4 et 7 pour cent de leur chiffre d'affaires en R&D. Les trois critères proposés sont l'Utilité (répondre à un besoin réel, comme Slack), la Nouveauté (apporter une approche inédite, comme Airbnb), et le Succès (être adopté massivement, comme Zoom pendant la pandémie). Ce cadre transforme l'innovation d'une promesse floue en un système d'évaluation mesurable et comparable — Un article de Gaëtan Namouric, publié par Perrier Jablonski, firme-conseil en stratégie basée à Montréal spécialisée en ethnographie appliquée
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